Ce piège économique qui attend Bardella et le RN en cas d’accession au pouvoir

Ce piège économique qui attend Bardella et le RN en cas d’accession au pouvoir

Qu’importe les promesses, le réel finit toujours par s’imposer. En cas de victoire du Rassemblement national aux prochaines élections législatives, la question des finances publiques risque de hanter très rapidement les nuits de Jordan Bardella, potentiel Premier ministre. Alors que l’agence S & P a dégradé récemment la note de la dette publique française, la Commission européenne pourrait, elle, placer dans les prochains jours la France en “procédure de déficit excessif”. Un rappel à l’ordre qui s’explique par la dérive des comptes de ces dernières années : l’endettement public a grimpé de 98,2 % du PIB en 2018 à 110,6 % à la fin 2023. Soit 1 000 milliards d’euros de dette en plus.

Quant au déficit des comptes publics – Etat, collectivités publiques et organismes de sécurité sociale – il a atteint, lui, 5,5 % du PIB à la fin de l’année dernière, contre 2,3 % en 2018, l’une des plus mauvaises performances de la zone euro. Pire, la feuille de route budgétaire d’ici à 2027 envoyée récemment par le gouvernement Attal à Bruxelles a été étrillée ici même, en France, par le Haut conseil des finances publiques – une instance indépendante -, la jugeant peu crédible.

Certes, l’UE a adopté de nouvelles règles budgétaires un peu plus souples au printemps. Sauf que ce cadre ne s’applique pas quand un pays est placé en procédure de déficit excessif. En théorie donc, la France devra s’engager à réduire ses déficits de 0,5 point de PIB chaque année jusqu’à ce que le pays rentre dans les clous européens. Soit une vingtaine de milliards d’économies pérennes par an. Ne pas respecter ce nouveau cadre budgétaire, et c’est une première crise avec l’Europe qui se dessine.

Les optimistes ou les cyniques, c’est selon, pourront toujours dire que ce n’est pas la première fois que la France tombe sous cette procédure et que la Terre a continué de tourner… et la France à s’endetter. Oui, mais cette fois l’affaire pourrait être différente. Car les marchés financiers sont en embuscade. Déjà ce lundi matin, l’indice CAC 40 de la Bourse de Paris a dévissé et l’écart entre les taux d’intérêt à long terme français et allemand s’est creusé. Jusqu’à présent, les marchés ont fait preuve d’une grande mansuétude à l’égard de la France et de ses écarts budgétaires. Une indulgence qui pourrait ne pas durer si le RN met en musique ses promesses électorales dispendieuses. Quelques exemples ? La baisse de 20 % à 5,5 % de la fiscalité sur les carburants : une mesure dont le coût a été estimé à 10 milliards d’euros par an par l’Institut Montaigne. De même, la suppression complète de la cotisation foncière des entreprises (CFE) et de la contribution sociale de solidarité sur les sociétés (C3S) pourrait amputer les recettes fiscales de 10,6 milliards d’euros. Et quid du retour de l’âge de départ à la retraite à 60 ans dont les détails sont pour l’heure très flous ?

Dans la perspective de la construction du Budget pour 2025, la pression pourrait donc s’accentuer. A l’automne 2022, la Première ministre britannique Liz Truss avait été poussée à la démission par les marchés financiers après la présentation d’un budget fantaisiste qui avait déclenché une véritable crise sur les taux d’intérêt. Jordan Bardella et le RN devraient s’en rappeler : ceux qui nous prêtent de l’argent ont toujours raison à la fin.