Européennes : la gauche ou les Verts… Qui sabotera Marie Toussaint ?

Européennes : la gauche ou les Verts… Qui sabotera Marie Toussaint ?

La gauche enterra-t-elle les écolos d’ici au 9 juin prochain ? Marie Toussaint répète pourtant qu’il n’y aura “pas d’écologie sans Les Écologistes”. Mais permettez au moins à l’Insoumise Manon Aubry de rappeler qu’en termes d’écologie, il existe “un vote efficace” : le sien. Et que si les électeurs venaient à désespérer des derniers sondages, quelques transfuges de la maison verte – à l’instar de l’ex-eurodéputé EELV Damien Carême, ou de l’ancienne patronne des Jeunes écologistes, Camille Hachez – figurent également sur la liste mélenchoniste… EELV goûte peu aux propos de l’Insoumise dans Dimanche en politique le week-end dernier, déjà inaugurés en meeting à Paris, par celle qu’ils surnomment “le visage présentable de la brutalité mélenchonienne”. Réaction sobre de Marine Tondelier, la secrétaire nationale d’EELV auprès de L’Express : “Je la laisse à ses propos. Mais venant de quelqu’un qui a toujours prôné l’unité, l’unité, rien que l’unité…”

Hors de question pour Raphaël Glucksmann de s’adonner à ces basses besognes. “Ça ne devrait pas être des méthodes de partis de gauche ; c’est à l’image de la campagne de LFI, souffle l’un de ses stratèges. On a suffisamment de réservoirs pour ne pas qu’on aille souhaiter aux Verts de n’avoir aucun élu.” Mais la campagne bat son plein, et l’optique d’un sorpasso à la liste macroniste de Valérie Hayer vaut bien quelques regards appuyés au peuple écologiste… Et autres banderilles au parti au tournesol. Comme lors de cette interview au site Reporterre à la mi-mai, quand l’ancien essayiste appelle à “sortir l’écologie politique de son ghetto”. Sans manquer de rappeler que 86 % de leurs votes à Strasbourg étaient similaires. Car l’équipe du candidat PS-Place Publique se frotte les mains en constatant la forte volatilité des intentions de l’électorat écolo, au gré des études publiées. “Normalement, plus on s’approche de son socle d’irréductibles, plus la sûreté du choix augmente. Sauf pour eux.” Sait-on jamais.

“Notre posture modérée passe inaperçue”

Dire que Marie Toussaint avait proposé au reste de la gauche un “pacte de non-agression”… Car la tête de liste Les Écologistes abhorre les coups bas et les petites phrases qui participent des divisions à gauche. L’été dernier, la Bordelaise, favorable à une liste Nupes, avait d’ailleurs dû se plier au vote des adhérents en faveur d’une candidature autonome. De cette frustration, elle a conservé une obsession : “L’enjeu pour la suite sera de savoir comment nous rassembler à nouveau”, assurait-elle en novembre dernier. Mais six mois sont passés depuis, et la candidature écolo tutoie la barre fatidique des 5 % dans les sondages, synonyme de disparition de la délégation écolo tricolore à Strasbourg. La chasse aux électeurs de gauche a alors logiquement repris ses droits. “Elle tape sur Glucksmann et en même temps pas trop. Sur les Insoumis, et en même temps pas trop. Personne n’est satisfait, et en même temps tout le monde l’est, résume un colistier. La difficulté, c’est que notre posture modérée passe inaperçue, car ça ne correspond pas vraiment au débat politique actuel.” Le prix à payer, pour ne pas insulter l’avenir.

L’avenir, certains le cauchemardent en une longue traversée du désert. “On peut avoir une bonne surprise, comme vivre une réelle catastrophe”, angoisse une cadre du parti, alors qu’une proche de la candidate “espère que les gens comprendront qu’il n’y a pas de vote utile aux européennes”, pour éviter de disparaître de l’hémicycle. L’espoir de réitérer le score de Yannick Jadot (13,47 %), arraché dans le money time de 2019, semble révolu. Aux mauvais sondages, la maison verte oppose désormais l’existence d’un “backlash écolo”, accéléré par la crise des agriculteurs et expliquant l’affaiblissement de leurs partis frères sur le reste du continent. “Nos idées ont certes infusé dans la société, mais nous avons plus que jamais des difficultés à exister, analyse Noël Mamère, figure historique et ancien candidat à la présidentielle. La faute à cette coalition du déni qui se raidit, veut maintenir le statu quo, et nous considère, écologistes, comme des ennemis.” Une campagne “le vent de face”, répète-t-on à l’envi chez les écolos, au regard de la précédente, marquée par l’avènement de la “génération climat”. D’autres, encore marqués par le spectacle de Booty Therapy, pointent surtout “une campagne d’ONG”, “mal partie” et un brin “défaitiste”.

“Grandes manoeuvres”

Face à l’inquiétude, les couteaux s’aiguisent. Le 23 mai dernier, les deux motions d’opposition “Printemps écologiste” (l’aile réalo du parti) et “Ce qui nous lie” (courant régionaliste) ont lancé les hostilités contre Marine Tondelier, appelant à convoquer un congrès extraordinaire bien avant la date fixée par la direction, à l’automne 2025. Avec pour objectif d’acter la fin de règne de l’actuel exécutif, et prendre la main sur les désignations pour les futures échéances. Dans des échanges de mail de la boucle du conseil fédéral, révélés par L’Opinion et également consultés par L’Express, la secrétaire nationale s’indigne de messages “assez déplacés”. “Très sincèrement, je ne m’attendais pas à ce que les grandes manœuvres sur la date de l’organisation du prochain congrès commencent le 23 mai, alors que nous sommes dans la dernière ligne droite d’une campagne européenne cruciale. Je vous envie d’avoir la tête à ça.”

Ainsi naissent les révoltes picrocholines chez les Verts, capables de se saborder à quelques semaines d’un scrutin existentiel. La série Parlement (France Télévisions, 2020 – en cours), fiction dédiée au fonctionnement de l’hémicycle européen, est, à ce sujet, d’un grand enseignement. Dans l’ultime saison, alors que le président sortant à Strasbourg s’inquiète des chances de son concurrent vert de le battre, son conseiller politique le rassure : “J’ai usé de la plus ancienne méthode pour saboter les écologistes”. “C’est-à-dire ?”, s’étonne le président. “Les laisser faire.”