“Tu vas perdre les élections législatives” : cet échange entre Macron et son chatbot, par Christophe Donner

“Tu vas perdre les élections législatives” : cet échange entre Macron et son chatbot, par Christophe Donner

Ça ressemble à une blague. N’empêche que ça y est, on peut parler avec les morts. Les Chinois font ça depuis un certain temps. Le principe est simple, à partir d’un bon stock de documents manuscrits, sonores, photographiques et vidéos accumulés du vivant d’une personne, on peut la reconstituer à l’identique, l’animer et la rendre capable de répondre à toutes les questions, grâce à un chatbot, programme informatique doté des derniers progrès de la technologie de l’intelligence artificielle. Ce robot permettant d’avoir une conversation avec l’image animée du défunt.

Imaginons… Friand de technologies nouvelles, Emmanuel Macron, le président de la République, doté d’un logiciel d’intelligence artificielle, a réussi à parler avec un mort, et pas n’importe lequel, son maître à penser, le plus grand philosophe français de son vivant, mais pratiquement inconnu, mais ayant bénéficié, mort, d’une presse excellente, Paul Ricœur. Les services informatiques de l’Elysée ont fourni toutes les informations nécessaires à leur robot conversationnel, un chatbot nommé “Oncle Paul”, car c’est ainsi que les enfants appelaient le grand philosophe dans sa communauté Esprit des Murs blancs. Ils ont fourni aussi un bref résumé de l’histoire de la France du XXᵉ siècle, ses guerres, ses années 30, avec ses faiblesses pour le régime nazi du grand voisin germanique, ses trahisons, ses lâchetés, sa débâcle, son occupation, ses lois scélérates, racistes, xénophobes, et puis l’actualité d’aujourd’hui, celle des années 20, comme on appellera plus tard cette triste période d’avant guerre, avec toujours le même racisme, la même xénophobie, les mêmes faiblesses envers le régime crypto-stalinien de Poutine.

Les informaticiens de l’Elysée n’ont rien oublié et, à partir de là, le chatbot a fait le reste. Le président n’avait plus qu’à ouvrir l’application, et le visage de Ricœur est apparu, reconstitué à l’identique, avec les mêmes expressions de fausse timidité, de factice humilité. Un prodige. Oncle Paul ressuscité. Face à son écran, le président avide de sensations fortes en avait les larmes aux yeux. Après avoir dégluti, il a posé la question à son cher défunt : “Dites-moi ce que demande le peuple, Oncle Paul, et je le ferai.”

“Tu vas bien t’amuser avec le petit Bardella et sa môman Le Pen”

Le robotisé n’a pas mouliné très longtemps avant de lui répondre : “Je vais te dire, Emmanuel, fidèle disciple parvenu au pouvoir pour répandre mon idéologie du en même temps, le peuple veut que tu fasses à la France le don de ta personne. Que tu fasses cesser le combat contre l’ennemi facho, que tu t’adresses à lui cette nuit pour lui demander s’il est prêt à rechercher avec toi les moyens de mettre un terme aux hostilités. Il faut que tu demandes à tous les Français de se grouper autour du futur gouvernement Le Pen que tu présideras pendant ces dures épreuves, et que tu fasses taire leur angoisse pour n’écouter que leur foi dans le destin de la patrie.

Tu diras aussi au peuple de France que la dissolution de l’Assemblée nationale était inévitable. Tu lui diras : ‘Cet échec aux élections européennes vous a surpris, vous en cherchez les raisons. Je vais vous les dire. Trop peu d’enfants, trop peu d’armes, trop peu d’alliés, voilà les causes de notre défaite.’ Après quoi, tu l’engueuleras, ça ne lui fera pas de mal : ‘Depuis trop longtemps l’esprit de jouissance l’a emporté sur l’esprit de sacrifice. On a revendiqué plus qu’on a servi. On a voulu épargner l’effort ; on rencontre aujourd’hui le malheur.’ Tu auras l’air de reconnaître tes erreurs, et à la fin, tu leur redonneras espoir : ‘J’ai été avec vous dans les jours glorieux. Président de la République, je suis et resterai avec vous dans les jours sombres. Soyez à mes côtés.’ Je peux t’assurer du résultat. Tu vas perdre les élections législatives, mais ça ne sera qu’un mauvais moment à passer. Après, tu vas bien t’amuser avec le petit Bardella et sa môman Le Pen pendant les trois années de collaboration à venir.”

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